Éditions L’Harmattan - Collection “Métaphysique au quotidien” - 145 p. - 15,50 €
Georges Brunon, peintre et écrivain, entre, après la guerre, aux Beaux-Arts de Paris et fréquente les cafés de Saint Germains-des-Prés où se forgent les réflexions sur l’art renaissant. Il s’engage dès cette époque sur une voie qu’il dira, dans sa rétrospective de 2012, « à contre-courant ». Cet ouvrage en est, en quelque sorte, le manifeste.
Pour l’auteur, l’Art n’est pas définissable par son histoire, il EST l’histoire de l’homme qui s’éveille au monde, et qui s’interroge « pour quoi le monde ? ». L’Art, dans ce sens, est une voie parallèle à la science qui demande « comment le monde ? ». Remarquons que l’Art et la Science pourraient alors se situer dans une “opposition” dynamique et complémentaire. La vision de l’un et la compréhension de l’autre serait alors le ferment d’une civilisation nouvelle ou, tout au moins, d’une mutation sociale indispensable à l’équilibre planétaire. Seulement voilà : nous avons réduit l’art à son histoire, car nous avons confondu l’art et son histoire. De même, nous ne savons plus trop aujourd’hui ce qu’est la science, pour l’avoir confondu avec la technique et son histoire. Mais peut-être qu’en nous interrogeant sur ce qu’est l’Art une redécouverte de l’essentiel devient possible ?
Il reste que cette redécouverte ne s’opère pas sans une perception critique de l’art contemporain. Et c’est ce point qui heurte les biens pensants (qui ne pensent d’ailleurs pas !) dans un domaine où l’habitude a été prise d’évaluer les œuvres comme de juger les artistes en dépit de tout questionnement et de tout émerveillement. En effet, l’évaluation des œuvres repose sur un marché de placements d’affaire et la considération à l’égard des artistes se situe entre l’intérêt du “vouloir choquer” et l’indifférence. Le problème, c’est que ce qui est sensé “choquer” ne l’est pas tandis que l’indifférence à mis en place une attitude anti-sociale entre les états et leur population. Ce qui “choque” réellement, c’est ce qu’ont cherché les pionniers de l’art moderne, afin de provoquer l’éveil de la conscience pure (Tristan Zara, Manifeste dada, 1918), ou la fusion du sujet et de l’objet (Malevitch, Lemniscate, 1919).
« Quand j’ai vu, dans ma jeunesse, pour la première fois, les personnages de Michel Ange se débattre sur le plafond de la chapelle Sixtine, je n’ai pas vu là les explications du guide … Ils se battent contre la présence de l’inconnaissable qui, au Moye Age, régnait sur nous avec sa part terrorisante. »
« Aucune théorie, aucune définition ne peut me dire ce qui pousse les hommes à mettre le monde en image et d’autres à le regarder dans ces images peintes alors qu’ils l’ont, ce monde, devant eux, si le “Pour Quoi le monde” n’est pas au cœur de l’homme. Pourquoi les passants se groupent-ils autour d’un peintre qui peint la rue dans laquelle ils marchent, sinon parce qu’ils ont un doute sur l’évidence du spectacle et cherchent à voir, dans le tableau en train de se faire, un sens qui leur échappe dans ce qu’ils vivent. »
« L’art, pour Hegel, reste dans un concept, n’est pas une expérience. C’est en tant que concept qu’il peut unir le spirituel au sensible. Non seulement il dota ainsi le concept d’art d’une fonction ontologique, mais, pour lui, il n’en était pas d’autres représentation possible. »
« L’art n’est pas de la philosophie, il est une expérience qui contient une voie vers la sagesse. Face au néant, il participe à la quête de la vérité hors preuve parce qu’il propose à chacun dans cette vie incertaine une rencontre hors système, immédiate avec l’invisible visible inscrit dans la matière douteuse. »
« L’ennui avec ces nouveaux théologiens de la culture est qu’en voyant l’art comme un concept et la culture comme une institution ils ont si bien réduit le premier qu’il est en voie – étape suivante – d’être pris en main par les sociologues puisqu’il apparaît désormais comme un fait de société entre autres, qu’il s’agit d’étudier pour le bien reconnaître et le bien gérer. »
Nous comprenons bien que l’Art est un questionnement et, au sens primordial de la philosophie, l’étonnement d’être au monde.
L’ouvrage de Brunon est dense, il démonte la mécanique usée de l’académisme critique. L’artiste n’est plus séparé de l’histoire de l’homme qui n’a de sens qu’en interrogeant.
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